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Legaltechs : $1,2Mds pour des "jeunes inexpérimentés" ?




Il y a parfois des concomitances qui illustrent à merveille certains écarts de points de vue.


Un auteur spécialisé américain, Robert J. Ambrogi, recense un total de fonds levés sur la Legaltech de $1,2 milliards dans le monde,


For the first time last year, annual investment in legal technology companies reached $1 billion. This year, legal tech investments have already surpassed that, totaling at least $1.2 billion to date — a record for annual investment in legal technology, and with three months still to go before year end.

Pendant ce temps, un avocat français publie une tribune dans Le Monde accusant le personnel des legaltechs d'être "souvent très jeune et assez inexpérimenté" et posant la question : "Nous trompent-elles ?" On ne peut mieux résumer la différences de préoccupations et d'angle de vue du problème.


A cela, il faut ajouter un personnel souvent très jeune et assez inexpérimenté. Ces éléments représentent un risque juridique et financier pour les clients, en dépit de la légitimité que ces « legaltech » tentent d’acquérir, en affichant leurs soutiens institutionnels ou en se disant « partenaires » des avocats. C’est de la communication.

En bon américain, M. Ambrogi, avocat du Massachusetts, regarde la masse financière investie pour en conclure un engouement et une valeur.

En bon français, M. Braci, avocat de Paris, regarde les Legaltechs sous l'angle de leurs effectifs et des démêlés judiciaires de certaines d'entre elles, et en conclue qu'il faut "les mettre au pas".


Il n'est pas question pour nous de critiquer le point de vue de l'un ou de l'autre, même si l'argent ne fait pas toujours la qualité d'une entreprise, et que 2 legaltechs ayant des démêlés judiciaires ne font pas d'elles des coupables ni l'ensemble des legaltechs de dangereux individus !


En revanche, si l'on considère que ces deux points de vue, sans être majoritaires, sont largement représentés dans leurs écosystèmes respectifs, il convient de s'interroger sur le plan stratégique.


Sur les $1,2Mds levés, seuls $11 millions sont en France ! Soit 1% de l'ensemble

Peut-être que ces Legaltechs ne sont pas au niveau, "ce qui expliquerait, en partie, la relative frilosité des investisseurs et des avocats", comme l'imagine M. Braci.

Ou peut-être que c'est la "relative frilosité des avocats" qui empêche l'émergence d'un marché et donc d'une offre. Toutes ces questions sont difficiles à trancher et nous donnons crédit à M. Braci de proposer des réponses.


Il n'en reste pas moins que lorsque le milliard d'euros américain (et anglais) arrivera en Europe continentale (et il va arriver plus vite qu'on ne le pense) ce sera la loi marketing et la loi juridique américaine (ou anglaise) qui s'appliquera, comme c'est déjà le cas des Google et Facebook. Même causes, mêmes effets pourrait-on dire !

Il sera bien temps de "mettre au pas" les Legaltechs pour protéger un "Etat de droit" bien factice puisqu'il s'agira du droit et de la souveraineté américaine !


Nous préconisons plutôt de considérer que l'innovation, technologique ou organisationnelle, qui irradie le secteur du droit apporte une valeur ajoutée importante à l'étranger et est donc susceptible d'en apporter en France. Pour cela, encore faut-il que les avocats et juristes, en tant que clients ou investisseurs, se saisissent du sujet.


Cela requiert que l'intérêt stratégique de l'innovation soit bien compris. Malheureusement, à la lecture de cette tribune, on peut en douter. Ce sont autant d'opportunités pour les consultants, formateurs et spécialistes de la transformation digitale !




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