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Innovation & Legaltechs : les tendances pour 2020

Mis à jour : févr. 18



L'année 2020 est placée sous le signe de l'innovation et de la transformation. On ne compte plus les articles, les événements, les créations de startups, les levées de fonds legaltechs qui concourent à en présenter et expliquer les enjeux.


Nous avons recensé certaines tendances de fond, tant en termes de technologies que de méthode, qui vont selon nous influencer l'année 2020.


Technologies


Données


La data analytics, l'analyse des données, est sans doute le sujet le plus important. Il faut l'entendre aussi bien dans le sens de la conformité et sécurité (RGPD, cyber-risque, confidentialité), que de l'analyse de la donnée du cabinet (reporting, data analytics...).


Sur le plan de la conformité, c'est un nouveau champ d'expertise et de méthode que les juristes ou les avocats développent, tirés par une demande importante de la part des clients privés et publics. Le triptyque expertise (juridique et data), méthode d'analyse et outil technologique est le trio gagnant pour créer de la valeur rapidement.


Du côté de la data analytics, le secteur en est encore à ses prémisses. D'une part, la prise de conscience de la part des professionnels de la quantité phénoménale de données dont ils disposent, et de leur valeur, est encore parcellaire. D'autre part, les outils permettant de catégoriser et d'extraire cette donnée sont récents. On peut citer les outils de reporting et d'aide à la décision, mais aussi les logiciels d'indexation d'informations ou de recherche.


Intelligence Artificielle (IA)


L'IA est une technologie à la mode depuis quelques années. Pourtant, beaucoup de monde en parle et très peu en font ! L'intelligence artificielle requiert en effet des moyens financiers et humains important, pour une valeur ajoutée exponentielle mais perçue comme faible à court terme.


Du côté des professionnels, personne ou presque n'utilise de solutions de ce type, soit par manque d'intérêt soit par manque de moyens. Le marché du droit étant un marché fragmenté, avec des besoins très spécifiques et une part donnée à la réflexion, la relation et l'interprétation très importante, certains estiment que l'IA est au mieux sans intérêt, au pire une menace.

Pourtant, cette technologie est très utile pour extraire et interpréter de la donnée, la relier de manière intelligente, la présenter voire la recueillir. Pour des métiers très consommateurs de volumes de données importants, comme le contentieux ou l'étude des jurisprudence, ce sont des solutions précieuses !


Cette technologie reste décisive pour l'avenir et il faudra bien que les esprits et les investissements se renforcent de ce côté-ci. Certains legaltechs ont réellement commencé à développer des solutions à base d'IA qui vont progressivement créer un fossé entre elles et leurs concurrentes. Il convient donc de garder un oeil sur le sujet en identifiant notamment les start-ups qui développent réellement des technologies à base d'IA.


Blockchain


La blockchain, ou plus précisément les DLTs (Distributed Ledger Technology), est un protocole technologique qui permet de gérer et relier la donnée de manière décentralisée, en créant une gouvernance de la donnée spécifique. C'est un outil déterminant dans de nombreux cas d'usage potentiels, tels que monnaies digitales, certification et traçabilité d'une chaîne logistique, gestion d'espace immobiliers partagés,...


Pour les professionnels du droit, 2 applications déjà identifiées sont la gestion de la propriété intellectuelle et la signature électronique. On peut en quelques clics déposer des documents dans la blockchain, permettant un horodatage opposable aux tribunaux. Par ailleurs, les signatures basées sur la blockchain sont les solutions les plus sûres et les plus pratiques du marché. Des legaltechs françaises sont bien positionnées sur ces créneaux et offrent d'ores et déjà de la valeur à leurs clients.


Les solutions, les cas d'usage et le déploiement de ces outils devrait s'intensifier cette année, portées par les initiatives des notaires et greffiers dans le domaine, ainsi qu'une plus grande visibilité commerciale de certaines startups.


Automatisation


La promesse de l'automatisation est plus que jamais d'actualité, alors que l'équilibre économique de nombreux cabinets est précaire, que la concurrence sur les segments très profitable s'accentue, que les besoins des clients évoluent.


Les gains de productivité que l'automatisation permet d'envisager sont réels et disponibles immédiatement. Les logiciels de gestion de cabinet, de plus en plus complet, permettent déjà de faciliter les process de travail. Les solutions de gestion de contrat ont également fortement amélioré leurs fonctionnalités et permettent une gestion de plus en plus précise et complète.

En revanche, les outils comme le CRM ou les formulaires automatiques de saisie sont encore loin d'être compris par les professionnels du droit. Le sujet reste plus que jamais d'actualité, ces outils étant relativement simples à comprendre (ce sont des logiciels dont beaucoup de cabinet ont une expérience) et étant plutôt ergonomiques.


Collaboratif


Le travail en réseau est une difficulté d'abord culturelle pour les avocats et juristes, et pas tellement d'ordre technique. En effet, de nombreux outils permettent dorénavant de travailler à distance, en mobilité, avec son client ou partenaire.

Ce sont plutôt les conséquences organisationnelles et managériales du collaboratif qui constituent des freins ; transparence accrue, travail en gestion de projet, horizontalité de l'information sont autant de difficultés à relever pour les associés et les managing partners.


Au-delà des outils, ce sont les biens les méthodes de travail et les impensés culturels qui sont en jeu. C'est bien l'appropriation d'une méthodologie de changement qui constitue finalement, en tant que telle, une tendance de fond pour 2020.


Méthodologie




Rentrer dans un processus d'innovation, avec des solutions internes ou externes, est une démarche difficile et nécessitant des moyens. Les cabinets d'avocats et les directions juridiques perçoivent peu à peu l'importance de la méthode de gestion du changement, qui est finalement bien plus importante que le choix de la solution, celui-ci n'étant que la conséquence d'un processus d'analyse et de réflexion au sein de l'organisation.


Transformation digitale


Le vocable transformation digitale, ou transformation numérique, résume les enjeux du changement technique, organisationnel, culturel qu'il va falloir mettre en oeuvre. Car les tendances technologiques mentionnées ne sont pas exploitables sans une approche méthodologique définie.


Quelle que soit la qualité des solutions disponibles, elles doivent répondre à des besoins identifiés, à une stratégie définie. Elles vont avoir un impact important sur l'organisation du cabinet et le travail des équipes. En raison de l'importance des analyses et des ateliers de réflexion en amont et des changements de pratiques en aval, on parle de transformation pour exprimer l'idée d'évolution de l'organisation et du métier pour répondre aux nouveaux enjeux, tout en conservant la culture du cabinet, les liens de confiance, la qualité du travail fourni.


Cette transformation digitale est LE mot de 2020 mais ne doit pas rester un concept marketing. Il s'agit de réellement se projeter dans une évolution de son modèle d'organisation de manière réfléchie, maîtrisée, financée. Certains parviennent à avancer seuls, pas à pas ; la réalité est que sans accompagnement externe, il est très difficile de faire émerger les vrais sujets et de mettre en place des solutions efficaces.


Car au-delà des concepts, méthodes et outils, le sujet majeur est l'appropriation par les utilisateurs. Pour cela, une implication de leur part, en amont lors de la phase de conception, au milieu lors de l'analyse, en aval lors du déploiement est absolument essentielle. Souvent, ce sont d'ailleurs les associés et les collaborateurs experts qui sont les plus rétifs au changement. C'est pourquoi ils doivent tout particulièrement faire l'objet de formations et de séminaires pour comprendre les bénéfices du changement et être acteurs de la transformation.


Formation


La formation doit d'abord être pensée de manière plus large que le droit. La gestion le management, le marketing, l'innovation sont autant de domaines de réflexion qui s'imposent désormais aux associés et aux collaborateurs, dans une logique entrepreneuriale et technologique. Des formations (encore rares) existent pour permettre aux professionnels de comprendre les enjeux, s'approprier des concepts, mettre en pratique des méthodes.


Ensuite, les technologies, solutions ou logiciels mis à disposition des équipes ne pourront jamais donner satisfaction si les utilisateurs quotidiens de ces outils ne sont pas formés pour s'en servir. Le sujet de la formation est crucial et devrait être un priorité pour les associés : comment faire évoluer l'organisation sans expliquer et former les principaux intéressés ? Comment dégager le ROI attendu d'une nouvelle solution innovante si personne ne sait s'en servir ?


Conclusion


La transformation digitale est l'élément clé de l'intégration de l'innovation dans une organisation, quelle qu'elle soit. S'agissant des directions juridiques et des cabinets d'avocats, la transformation digitale est liée à l'innovation, comme approche et comme outils. Un travail encore important doit être mené en interne dans les organisations juridiques pour comprendre les enjeux stratégiques de ces sujets et ainsi allouer du temps et des ressources à la transformation.


Tout un écosystème, dont nous faisons partie, existe pour accompagner et conseiller les professionnels dans cette démarche. Aussi, les freins au changement, s'il y en a, ne sont plus ni dans les méthodes, ni dans les solutions, mais dans l'esprit des professionnels !

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